Maux de tête dus à la consommation de vin : Explication et prévention

Le vin est-il un bouc émissaire ?

Les maux de tête constituent le type de douleur le plus courant en relation avec la consommation de vin, ou plus généralement, d’alcool. L’apparition de ce symptôme est moins le fait d’une hypersensibilité spécifique, voire d’une intolérance au vin, que le résultat d’un abus ou d’un mélange de plusieurs boissons alcoolisées. La consommation d’alcool provoque aussi des maux de tête lorsqu’elle est associée à celle de cigarettes ou que la quantité d’eau absorbée parallèlement est insuffisante.

Dès lors qu’une personne souffre, à intervalles plus ou moins réguliers, de maux de tête même après avoir consommé de l’alcool en quantité raisonnable, il y a de fortes probabilités qu’elle fasse partie de ce petit tiers de sujets particulièrement sensibles. La principale responsable de ces douleurs est l’histamine, une substance naturelle – produit du métabolisme microbien – qui est souvent présente dans les aliments fermentés (voir aussi la rubrique consacrée au vin sans soufre dans la suite de l’article).

Si bon nombre de vins rouges vieillis en fût sont riches en histamines, certains fromages, poissons, légumes (choucroute) et la charcuterie en contiennent en proportions bien plus importantes. Aussi, certaines réactions histaminiques sont-elles moins liées à la quantité de vin consommée qu’à l’absorption simultanée de plusieurs denrées et boissons renfermant cette substance. Les personnes sujettes aux allergies présentant, comme nous l’avons vu précédemment, une défaillance de leur système immunitaire, elles réagissent plus fortement aux histamines que les autres.

L’idée reçue selon laquelle la palme revient aux vins blancs et doux en matière de maux de tête est, en vérité, dénuée de fondement. En effet, si le champagne et autres vins mousseux contiennent un peu plus d’histamines que les vins blancs,il faut savoir que les vins rouges sont susceptibles d’en renfermer davantage du fait d’une lente maturation dans des fûts en bois réutilisés. Cela peut être le cas, mais ne l’est pas forcément, pour les vins de Bordeaux et certains cépages italiens ou espagnols. Précisons aussi qu’il existe une corrélation étroite entre le manque d’hygiène de la cave d’élevage et le risque accru de formation d’histamines.

Les vins bio sont-ils plus sains ?

Nombreux sont les consommateurs qui attribuent aux vins bio un avantage en termes de tolérance. Or, il s’agit là d’une idée erronée, car ces vins contiennent également des histamines, le taux de concentration de ces dernières étant fonction du type de cépage. Globalement, on ne relève aucune différence significative entre les vins de culture biologique et les vins traditionnels.

Le vin sans soufre : une alternative pour éviter les maux de tête ?

Souvent, c’est le soufre et ses composés qui sont reconnus comme seuls responsables des maux de tête ou d’autres symptômes rattachés aux allergies. Il convient de rappeler à cet égard que la formation du soufre fait partie du processus normal de fermentation. Par différentes réactions physico-chimiques, notre organisme produit lui aussi du soufre et des histamines. Dans la mesure où ils ne lui sont pas étrangers, il supporte donc, normalement, tant les composés soufrés qu’il génère qu’une certaine quantité de ceux qu’il absorbe.

Dans le cadre de la vinification, le soufre est libéré pendant la fermentation alcoolique ; il est donc une composante permanente du vin, indépendamment de sa couleur, de la variété de raisin ou du cépage. Reconnu comme un conservateur naturel depuis l’époque romaine, le soufre est aussi très souvent utilisé pour ses propriétés antioxydantes et stabilisantes lors du pressurage et pour l’élevage du vin. La loi sur les denrées alimentaires fixe les quantités maximales d’anhydrides sulfureux mais aussi la teneur minimale nécessaire pour éviter toute altération du vin.

Prévenir et guérir

Il n’est possible de prévenir les symptômes d’allergies ou d’intolérances qu’en procédant à une stricte sélection de ses consommations, en évitant les éléments déclencheurs, et en buvant suffisamment d’eau.
La prise de comprimés multivitaminés permet d’atténuer les symptômes en cas d’affection allergique légère ; lors d’une crise aiguë, il est recommandé de recourir à un antihistaminique (p. ex. : Zyrtec/cétirizine).

Robert Schlag, oenologue

Laisser un commentaire